👥 La dissociation comme mode de survie
Pour certains patients, la seule façon de s’adapter à la vie après un événement traumatique est de fragmenter leur identité. « Cette dissociation est une adaptation normale au trauma », explique Janina Fisher, psychologue clinicienne et experte internationale en traitement du trauma. Ces patients vivent des conflits internes intenses entre leurs perceptions post-traumatiques (par exemple des croyances négatives, telles que « Le pire va arriver ») et leurs perceptions de sécurité dans le présent (Fisher, J. Dépasser la dissociation d'origine traumatique. De Boeck Supérieur).
Pour survivre à l’insupportable, une partie du soi continue à fonctionner au quotidien, tandis qu’une autre partie reste en état de survie, se préparant à affronter le danger (soit en fuyant, en s’immobilisant ou en attaquant). Le modèle théorique qui décrit le mieux ce fonctionnement est celui de la dissociation structurelle, expliqué notamment par Onno van der Hart, Ellert Nijenhuis et Kathy Steele dans Le soi hanté.
Le degré et le type de dissociation peuvent être mesurés grâce à l’échelle d’expériences dissociatives (DES).
⚠️ Le revers de la médaille
Les patients ayant mis en place une stratégie de dissociation rapportent un meilleur fonctionnement au quotidien, mais cette fragmentation ne peut pas tenir dans le temps. L’aliénation de soi implique une haine de soi toujours plus grande, une déconnexion des émotions et des comportements autodestructeurs.
Les personnes traumatisées développent ainsi une vision binaire de la vie et oscillent entre dépendance à outrance et rejet des autres, comme l’explique Julien Bonnel (Bonnel, J. (2025). Je me libère de mes traumas grâce à l'EMDR. De Boeck Supérieur). Ils peuvent alors présenter des symptômes d’anxiété, de dépression, une estime de soi faible, voire un désordre bipolaire ou une personnalité borderline, ce qui complique l’accompagnement thérapeutique.
🩹 Guérir les blessures traumatiques
L’objectif de la thérapie pour ces patients sera donc de favoriser le lien entre les différentes parties du soi. Guérir les blessures traumatiques se joue en effet dans le délicat équilibre entre l’acceptation de ce qui s’est passé et le soulagement de l’enfant intérieur qui a enduré cela.
Une des difficultés étant de trouver des méthodes et interventions suffisamment douces pour ne pas retraumatiser le patient en lui faisant revivre le trauma pendant le traitement.
Pour le thérapeute autant que pour le patient, la première étape de la thérapie sera de comprendre la neurobiologie du trauma, c’est-à-dire le mécanisme de la dissociation, et de comprendre le fonctionnement des différentes parties fragmentées. Janina Fisher indique qu’il est tout à fait possible d’évoquer le trauma sans devoir demander au patient de le décrire dans les moindres détails, au risque de le retraumatiser.
« Reconnaître le trauma ou les déclencheurs des souvenirs implicites n’est jamais insécurisant, surtout quand nous faisons allusion aux “mauvaises choses qui sont arrivées” dans un langage plus général et que nous évitons d’aller dans le détail ou d’utiliser des mots choquants. » — Janina Fisher
Découvrez la méthode complète de Janina Fisher pour réparer le passé et recréer du lien entre les parties intérieures dans son livre Dépasser la dissociation d’origine traumatique.