Dans la prise en charge du psychotrauma, les professionnels s’accordent à dire que l’alliance thérapeutique constitue une pierre angulaire du processus. Mais comment la définir précisément, et surtout, pourquoi est-elle si déterminante dans ce contexte spécifique ? Ce point mérite d’être clarifié, tant les difficultés d’attachement ou la méfiance relationnelle peuvent freiner le travail thérapeutique chez ces patients.
🤷 Qu’entend-on par alliance thérapeutique ?
Le terme « alliance thérapeutique » désigne la collaboration entre le patient et le thérapeute, un rapport non hiérarchique dans lequel le patient est considéré comme un adulte avec des responsabilités d’adulte.
Le patient est expert de son histoire et le thérapeute est expert de la relation d’aide, c’est un travail de collaboration.
L’alliance thérapeutique connaît trois composantes :
1️⃣ des objectifs partagés,
2️⃣ ses tâches clairement définies
3️⃣ et le lien patient-thérapeute (Bordin, 1979).
👍 Ce que l’alliance rend possible en thérapie
Elle forme le socle sur lequel le travail thérapeutique va s’articuler dans les différentes phases de la thérapie.
Dans la thérapie du trauma en trois phases, elle constitue la première étape de la phase de stabilisation. La création de l’alliance thérapeutique se construit par l’intérêt du thérapeute pour la demande du patient, et par le fait qu’il le rejoint dans sa demande.
Tout ce qui est mis en place pour rendre du contrôle à la personne sera en mesure de renforcer cette alliance thérapeutique, comme l’établissement d’un cadre clair, garant de la sécurité, et une perspective sur le travail à accomplir. Les qualités humaines de chaleur, d’empathie, d’authenticité, d’attention et de prévenance seront autant de qualités souhaitées pour rencontrer la personne traumatisée.
🤔 Quelle est son importance réelle ?
La question du développement de l’alliance thérapeutique est fondamentale pour le patient souffrant de TSPT-C : il a vécu un traumatisme dans la relation interpersonnelle. Cette phase d’alliance est donc un préalable indispensable au traitement et permet aux perspectives de changement de se profiler.
L’alliance thérapeutique se développe par la qualité de l’ajustement du thérapeute pour la personne au fur et à mesure de l’avancement du travail. Oser s’arrêter en chemin et vérifier si le rythme est accordé à celui du patient, si le patient exprime des doutes, des craintes vis-à-vis du traitement et du thérapeute, est utile et renforcera l’alliance thérapeutique.
- Certains patients sont capables d’établir une alliance stable ou relativement stable dans les premières semaines du traitement ; s’il y a rupture, la résolution est assez facile et sert même, une fois travaillée, à approfondir la compréhension de soi et de ses traumatismes par le patient tout en renforçant la relation de travail entre le thérapeute et le patient (Caligor et al., 2007 ; Safran & Muran, 2000).
- D’autres patients, qui ont des vécus traumatiques précoces ou ont connu de la négligence, ont davantage de difficultés à établir une alliance thérapeutique stable et la qualité de l’alliance peut fluctuer entre les séances et même d’un moment à l’autre au cours d’une séance (Levy et al., 2015 ; Yeomans, Clarkin & Kernberg, 2015). Souvent, il s’agit de patients traumatisés qui ont des troubles de l’attachement importants ou un trouble de la personnalité. Dans ces cas, une thérapie pour ce type de troubles (comme la Transference Focused Therapy, la Dialectical Behavior Therapy ou la Mentalization-Based Therapy) doit être envisagée et discutée avec le patient avant d’entamer une thérapie du trauma.
La personne traumatisée a de nombreux défis à relever. Le chemin thérapeutique vers l’intégration peut s’avérer long et pour un patient traumatisé, il se fait pas à pas : « Millimètre par millimètre, on avance des kilomètres », nous dit Onno van der Hart (au Congrès EMDR tenu à Paris en 2007).
Conseil
La qualité de l’alliance thérapeutique va permettre au système d’exploration de se mettre en route, par la confiance du thérapeute dans les forces du patient et la reconnaissance de ses compétences d’adulte. Il ne s’agit pas de penser que la personne traumatisée est trop fragile, ce qui l’installerait dans un vécu d’impuissance et une activation du système d’attachement au détriment d’une activation du système d’exploration.
L’alliance thérapeutique, dans une optique de collaboration patient-thérapeute, donne l’audace d’explorer d’autres postures, de nouveaux territoires : s’ouvrir, se dévoiler, entrer dans une relation et expérimenter l’accordage, le désaccordage et ensuite le réaccordage, expérimenter des exercices de stabilisation qui vont donner plus d’ancrage et de contrôle pour ensuite se confronter au traumatisme dans un objectif d’intégration des mémoires traumatiques.
D’autre part, cette alliance permet, lors d’une activation émotionnelle trop importante ou en cas de submergement, d’aider la personne à s’apaiser et renforce sa capacité à faire face aux émotions difficiles ressenties.
Chaque objectif rencontré renforce l’alliance, ancre la personne dans le présent. C’est aussi l’expérience de l’apprentissage progressif de l’autonomie, sans passer par la case de l’abandon comme l’ont vécu de nombreuses personnes traumatisées dans l’enfance.
« Le rôle du thérapeute ressemble à celui d’un mentor ou d’un guide compassionnel et intéressé qui veille à ce que le patient se sente en sécurité pour explorer et apprendre avec lui et qu’il soit capable de travailler en vue d’objectifs thérapeutiques » (Steele, Boon & van der Hart, 2018).
Nos conseils
- Favorisez les micro-ajustements : vérifiez régulièrement le rythme, les craintes, les doutes.
- Instaurez un cadre stable et explicite dès les premières séances.
- Valorisez les forces et compétences du patient adulte, même dans la vulnérabilité.
- Privilégiez les postures relationnelles incarnant l’empathie, l’authenticité, la sécurité.
- Ne sous-estimez pas la fonction réparatrice d’un “réaccordage” bien mené après une rupture.